Pourquoi négocie-t-on?

Lors du dépôt de leur mémoire à la Commission parlementaire tenue en janvier 2003, les chefs des Premières Nations de Mashteuiatsh, Essipit et Nutashkuan signifiaient qu’un règlement négocié dans l’honneur et la bonne foi permettrait de retrouver l’espoir, la fierté, la dignité et la valorisation à travers l’autonomie. Ces trois Premières Nations, sous la bannière du Regroupement Petapan, ont opté pour la voie de la négociation plutôt que pour celle des tribunaux, comme d’autres communautés autochtones du Québec et du Canada l’ont fait. Aujourd’hui, et plus que jamais, l’intention du Regroupement Petapan est d’en arriver à la signature d’un traité qui constituera un règlement acceptable et honorable pour toutes les parties en cause. 

En regard de leur situation actuelle, les Premières Nations de Petapan n’ont d’autre choix que de négocier. Les territoires de réserve, en plus d’être exigus, appartiennent à la Couronne et non pas aux Premières nations qui y habitent. De plus, l’autorité sur ces territoires et l’organisation sociale de la communauté sont de compétence fédérale, au sens de la Constitution canadienne de 1867. Bien que plusieurs responsabilités aient été redonnées aux conseils de bande ces dernières années, l’essentiel des décisions et le financement des conseils de bande relèvent toujours du gouvernement fédéral. Au terme des négociations qui mèneront à la signature du Traité, les principaux leviers décisionnels et le financement des services aux collectivités passeront sous la responsabilité des gouvernements des Premières Nations. 

 

Une société en changement

La société innue vit de grands changements culturels. Depuis une cinquantaine d’années, les Innus ont été progressivement dépossédés de leur territoire traditionnel de chasse, de pêche et de trappe. La coupe de bois sur de grandes surfaces, la construction de grands barrages, l’implantation de clubs privés, notamment le long des rivières à saumon, et la mise sur pied de pourvoiries ont, peu à peu, privé les Innus de la pratique de leurs activités traditionnelles (Innu Aitun) et de leur mode de vie économique, en plus de les marginaliser. 

Les Premières Nations de Mashteuiatsh, Essipit et Nutashkuan comptent une population jeune et en croissance rapide. Pour assurer un avenir à ces jeunes et aux communautés elles-mêmes, il est impératif que du développement, tant social qu’économique, s’effectue sur leur territoire. Les Innus ne peuvent pas continuer d'évoluer dans un monde où les problèmes économiques et sociaux ralentissent leur épanouissement et leur essor.

 

La nécessité d’un traité 

La Loi sur les Indiens ainsi que l’avènement des réserves ont contribué à instaurer une dépendance étatique et systémique entre les différentes nations autochtones et le gouvernement du Canada. Pour le Regroupement Petapan, cet état de dépendance n’est plus tolérable. Le maintien du statu quo ne ferait que maintenir cette situation déplorable qui nuit fondamentalement à la protection et à la promotion de la culture innue à la base de cette nation (la langue, le mode de vie, les coutumes et la spiritualité). La tutelle fédérale doit maintenant être levée pour faire place à une entente juridique réciproque qui permettra d'atteindre, en plus de  notre autonomisation, nos objectifs de protection et de promotion de notre culture.

Le futur Traité sera en mesure de concilier les intérêts constitutionnels légitimes des Innus de Petapan et de la Couronne, tel que maintes fois recommandé par les tribunaux. La voie de la négociation représente, à notre avis, le meilleur véhicule pour concilier les droits ancestraux, y compris le titre aborigène, avec la certitude juridique recherchée par les gouvernements.

Au lendemain de la signature du Traité, les trois Premières Nations innues représentées par le Regroupement Petapan pourront exercer leurs droits qui seront enfin reconnus, confirmés et protégés. Eshe !